Certaines n’avaient jamais vu la Mer…

« Sur le bateau, la première chose que nous avons faite-avant de décider qui nous aimerions et qui nous n’aimerions pas, avant de nous dire les unes aux autres de quelle île nous venions et pourquoi nous la quittions, avant même de prendre la peine de faire les présentations-, c’est comparer les portraits de nos fiancés. »

***

C’est l’histoire de japonaises, de très jeunes japonaises, et puis des moins jeunes, des vierges, des veuves, qui ont quitté leur famille pour rejoindre l’Amérique, où elles ont été mariées à des hommes, des japonais qui se sont installés là-bas.

Elles sont emplies d’espoirs, et nourrissent des rêves un peu fous, de vies faciles et joyeuses… On leur a dit que ce beau jeune homme sur la photo, leur mari, était banquier à Los Angeles…

Une fois sur place, les expériences seront différentes, mais globalement peu conformes à ce qu’elles avaient imaginé. Certaines se retrouvent à travailler dans les champs, d’autres finissent par faire les domestiques, d’autres encore se prostituent…

***

Ce petit livre (il ne fait même pas 150 pages en version poche) était dans ma PàL depuis quelques mois. J’en avais largement entendu parler sur les blogs, et même si globalement les avis étaient mitigés, j’avais envie de le découvrir par moi-même.

« Elles nous donnaient de nouveaux noms. Elles nous appelaient Helen ou Lily. Ou bien Margaret. Ou en encore Pearl. Elles s’émerveillaient de notre silhouette minuscule et de nos longs cheveux noirs et brillants. »

Le récit a une construction particulière, car nous suivons l’histoire de toutes ces femmes, en même temps. Souvent, l’auteur nous offre des énumérations à base de « certaines… certaines… ». Cela peut sembler assez confus, mais en réalité cela ne l’est pas du tout.

Cette façon de raconter les choses sans suivre une héroïne en particulier permet de voir que les destinées ont été très variées, et que globalement ce n’était pas bien joyeux… En un mot, ce roman se résumerait par le terme « désillusion ».

Le passage sur les japonaises qui entrent au service de familles américaines m’a rappelé l’excellent La Couleur des Sentiments, pour la proximité qu’elles pouvaient entretenir avec leurs patronnes, tout en étant à d’autres moment, tenues à distance, rabaissées…

Passages choisis…

« Quand elles nous appelaient au milieu de la nuit, nous venions à elles et restions auprès d’elles jusqu’au matin. »

« Certaines d’entre nous avaient grandi dans de belles propriétés, avec leurs propres domestiques, et ne supportaient pas qu’on leur donne des ordres. Certaines n’aimaient pas les enfants américains qu’elles trouvaient trop bruyants et agressifs. »

 

Mais il n’y a pas que cela dans ce court roman. Il y a aussi tous les passages sur les abus sexuels, qui commencent pour certaines dès la traversée en bateau, et se poursuivent parfois avec les patrons blancs, comme si coucher avec le mari qui leur a été imposé ne suffisait pas. Certaines se mettent à aimer ce mari, qui est tout ce qu’elle ont, d’autres non.

Au final, Julie Otsuka nous offre un cours d’histoire magistral. C’est un peu comme un coup de poing d’où s’échapperait des fleurs de cerisier ! Oui c’est bizarre ce que j’écris, mais ce roman est à la fois très dur, et très doux. On s’attache à ces femmes, toutes autant qu’elles sont, et on s’émeut de leur triste sort. On les admire également. L’écriture de Julie Otsuka est belle ; puissante et poétique à la fois.

Les avis que j’ai pu lire étaient globalement mitigés. Le mien sera très tranché : j’ai a-do-ré !

 

 

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12 réflexions sur “Certaines n’avaient jamais vu la Mer…

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