La Maison Enragée et autres nouvelles

Pendant le mois de décembre, Folio organisait un concours sous forme de calendrier de l’avent, sur sa page Facebook. Il fallait attendre chaque jour une publication de leur part, et être le plus rapide à partager, et envoyer un mail, en espérant recevoir un livre…

A plusieurs reprises, j’eu le bonheur d’être la plus réactive, et de recevoir un Folio dans ma boîte aux lettres. 🙂

C’est ainsi que j’ai découvert La Maison Enragée de Richard Matheson, un recueil de courtes nouvelles fantastiques…

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Je ne lis pas souvent des histoires fantastiques, mais cela m’arrive, et je garde de bons souvenirs de livres comme La Dimension Fantastique ou Le Rhinocéros qui citait Nietzsche.

Pour ceux qui comme moi, l’ignoreraient, Richard Matheson est un auteur américain décédé en 2013, à qui l’on doit notamment le scénario de certains épisodes de la série La Quatrième Dimension.

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La Maison Enragée est la nouvelle qui m’a le plus plu dans ce livre, car il s’agit d’une maison qui se venge de son occupant absolument insupportable, par le biais de différents objets. Elle n’est pas hantée, mais possède une sorte de pouvoir, qui lui permet d’agir…

La dernière nouvelle m’a bien plu également. C’est l’histoire de deux couples d’amis qui ont emménagé dans un appartement, au loyer étonnamment bas… Très vite, certains personnages se mettent à avoir des doutes sur le gardien de l’immeuble…

Je n’en dirai pas plus, car les histoires sont très brèves, et que je ne voudrais pas vous dévoiler trop d’éléments et briser le suspens…

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Ces nouvelles m’ont laissé une impression mitigée. Autant j’ai apprécié les deux que je vous ai décrites un peu plus haut, autant les autres ne m’ont pas vraiment marquée… J’ai trouvé que cela manquait de substance, et que l’on n’avait pas vraiment de dénouement.

La plupart du temps, je suis restée sur ma faim…

Toutefois, ce livre est vraiment rapide à lire, et peu cher (2 € tous ronds) donc si vous aimez les nouvelles fantastiques, et qu’il vous tente, vous ne risquez pas grand chose à vous l’offrir…

On se passerait bien du Temps… Franz Griers [Lecture]

Bonjour à Tous ! Comment allez-vous en ce mardi glacial (en tout  cas chez moi il est glacial) ?

Voici pour bien débuter la journée, un livre que j’ai connu grâce à Livraddict. Il était proposé dans les partenariats, et j’ai cliqué par curiosité, une fois n’est pas coutume. J’ai reçu mon exemplaire par courrier, et eu le plaisir de constater que l’auteur l’avait dédicacé. Je ne sais pas vous, mais moi ça me fait toujours super plaisir d’imaginer qu’un auteur a pris le temps de penser à moi quelques secondes, et de signer son livre à mon attention…

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On se Passerait bien du Temps est un petit livre de 160 pages, auto-édité, dans lequel les nouvelles se suivent, avec toutes un point commun : celui d’être très courtes.

D’ailleurs, sont-ce vraiment des nouvelles ? Je n’en suis pas forcément sûre. Ce sont des bribes, des pensées, des anecdotes. Le narrateur partage avec nous des réflexions et des passages de sa vie, en se racontant à la première personne.

Parfois il met le doigt sur des situations absurdes que nous avons pu nous même rencontrer. D’autres fois, il nous décrit un souvenir érotique. Parfois encore, il nous surprend par un dénouement sans queue ni tête.

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#lecture #séparation

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Les nouvelles, il m’arrive d’en lire, mais souvent je suis déçues, car elles sont trop courtes justement, et survolent l’histoire, sans nous permettre de nous immerger dans une ambiance. Je ressors en général de ce type de recueil avec la faim au ventre. J’ai touché différents univers du bout du doigt, sans pouvoir y entrer, et je suis comme frustrée.

Cela explique qu’en général, je lis les recueils de nouvelles en parallèle d’un autre livre, un roman plus consistant…

J’avais prévu de procéder ainsi avec ce livre, et pourtant… dès les premières pages j’ai été totalement séduite par ce que je lisais.

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#Livre On se passerait bien du temps de Franz Griers

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Ce n’est pas la longueur qui compte, et on le sait tous. Ce livre nous permet de le vérifier une fois de plus. (J’ai légèrement honte de moi. Ne vous désabonnez pas, je vous en prie).

Par des histoires très très brèves, Franz Griers parvient à créer rapidement une ambiance, un univers, et à nous captiver.

Le narrateur de toutes ces nouvelles nous interpelle régulièrement en utilisant le « tu », comme s’il racontait une histoire à un pote. Il nous décrit comment il a rencontré une jolie brune une jour de pluie. Il nous raconte qu’il a vu une ado céder sa place à un type de cinquante ans parfaitement valide dans les transports en commun, ou partage avec nous une engueulade de couple.

C’est souvent érotique, parfois vulgaire, toujours bien écrit, jamais pompeux.

Franz Griers joue avec les mots… et parfois même avec son lecteur (pour notre plus grand plaisir) !

Il est rare que je garde un livre, car souvent que je l’ai déjà lu, je sais que je n’y reviendrai pas. A moins de l’avoir acheté neuf et cher, je le passe autour de moi, quitte à ne plus le revoir. Là, je vais faire l’égoïste, et installer ce recueil dans mon étagère Ikéa… car il se pourrait bien que je relise une nouvelle de temps en temps…

J’ai été ravie de découvrir ce chouette bouquin, et remercie vivement Franz Griers et Livraddict !

Anecdotes de cimetières…

Lorsque Mes Sincères Condoléances est sorti, en 2014, on voyait son auteur Guillaume Bailly, sur différents plateaux de télévision. J’avais à l’époque été intriguée, et m’étais dit qu’une fois le livre disponible en poche, je me le procurerais. Je suis en effet friande des histoires vraies, surtout des histoires de type « fait divers » à la Pierre Bellemare. Alors je pensais que ce livre, qui raconte le quotidien d’un employé des pompes funèbres, pourrait me plaire…

Je ne m’étais pas trompée…

Bon, il faut que je le dise, ce livre m’a moins captivée que je ne l’aurais cru. D’ailleurs, je ne lui ai pas accordé l’exclusivité, et je l’ai lu en pointillés, à côté d’autres romans. Parce-que finalement, ce livre ne me suffisait pas. J’aime être plongée dans un bouquin, et m’évader dans son univers. Là ce n’était pas le cas, et j’ai préféré lire d’autres livres à côté pour compenser.

Je ne dis pas que les anecdotes ne m’ont pas intéressée, loin de là, mais je m’attendais à un peu plus d’émotions, à moins de détachement. Avec le recul, je comprends finalement que le détachement caractérise l’auteur !

Néanmoins, si c’était à refaire, je relirais cet ouvrage, car les anecdotes que l’on y trouve valent leur pesant de cacahuètes ! Elles sont tour à tour drôle, touchantes, tristes pour certaines, hilarantes pour d’autres…

Forcément, dans cet univers si particulier, qui est celui de l’employé des pompes funèbres, il arrive que les choses ne se déroulent pas comme prévu. Quand on oublie d’organiser les obsèques d’un défunt, alors que sa famille a déposé un dossier, et que l’on ne s’en rend compte que le jour même car la famille téléphone justement, pour demander où est le corbillard… quand une vieille dame vient organiser les funérailles de son toutou adoré, ou encore quand une famille se présente complètement ivre à un enterrement, et que certains manquent de finir dans le trou avec le cercueil… cela peut valoir le coup d’en faire un livre !

Les histoires sont courtes, très courtes même pour certaines (une demi-page). Elles sont pour la plupart intéressantes, et se lisent bien.

Mes Sincères Condoléances n’est à mon sens, pas un chef d’oeuvre, mais est-ce vraiment une surprise ? Cela reste un livre à découvrir, car il vaut le coup d’œil.

 

[Lecture] Amok de Stefan Zweig

Stefan Zweig est l’un de mes auteurs favori, mais pour autant, je n’ai pas encore lu toute son oeuvre. Je fais durer le plaisir, comme avec tous les auteurs que j’apprécie particulièrement.

Heureusement, son oeuvre est assez fournie. D’ailleurs, sachez qu’elle est tombée dans le domaine public et que vous pouvez y avoir accès gratuitement, notamment via les fichiers e-books pour celles et ceux qui possèdent des liseuses !

Dernièrement, j’ai lu un petit recueil de nouvelles paru chez le Livre de Poche. Sous le titre d’Amok, on retrouvait la nouvelle éponyme, mais aussi deux autres nouvelles : Lettre d’une Inconnue et La Ruelle au Clair de Lune.

Amok est un récit dans le récit, comme d’autres nouvelles de Zweig (Vingt-Quatre Heures de la Vie d’une Femme par exemple). Un narrateur s’exprimant à la première personne, nous conte comment, alors qu’il cherche le calme sur le pont d’un bateau qui le ramène d’Asie en Europe, il fait la rencontre d’un mystérieux personnage…

Le narrateur est perdu dans ses pensées, les yeux clos. Il profite de la douceur de la nuit, lorsqu’un léger toussotement le fait revenir à la réalité. La lumière au dessus de lui sur le bateau, l’éblouit et l’empêche de distinguer clairement le visage de son mystérieux voisin, ce qui rend la rencontre « étrange et sinistre à la fois »…

Malgré une première rencontre un peu spéciale, le narrateur est très intrigué par l’homme, d’autant que celui-ci lui a fait promettre de n’évoquer sa présence sur le bateau devant personne.

La nuit suivante, les deux protagonistes se revoient, et le récit se lance alors réellement. L’homme mystérieux, qui dit être médecin, explique avoir besoin de se confier à quelqu’un, et le narrateur accepte de l’écouter.

Commence alors un récit angoissant, rempli de désespoir… Le Médecin raconte comment un jour, une riche anglaise est venue lui demander son aide…

Amok, c’est l’histoire d’une erreur, qui a eu des conséquences absolument tragiques. C’est l’histoire d’un regret qui ne passera jamais. Et tout cela explique l’état horrible dans lequel se retrouve plongé le Médecin. Cela justifie sa folie… Le récit est prenant, et la fin se trouve tout à fait à la hauteur.

J’ai aimé cette nouvelle, sans pour autant parler de coup de cœur.

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Lettre d’une Inconnue est une nouvelle qui m’a beaucoup plu ; il s’agit de ma préférée dans ce recueil.

Au départ, un homme rentre chez lui, prend son journal, son courrier, et trouve une lettre, qu’il se met à lire.

Là encore, nous sommes en présence d’un récit enchâssé, puisque nous lisons la lettre que l’homme a entre les mains.

Il s’agit d’une longue missive envoyée par une inconnue, qui lui raconte qu’elle est en train de veiller son défunt fils.

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Elle enchaîne ensuite en expliquant qu’elle était une voisine du narrateur, et qu’elle avait treize ans lorsque celui-ci a emménagé dans son immeuble. Elle a tout de suite développé une sorte de fascination pour ce jeune homme qui avait de nombreux livres, et ne lui prêtait absolument aucune attention, au point de se mettre à l’observer par le judas…

Le récit m’a tenue en haleine, car je me demandais ce qui allait se passer, et ce qui avait pu arriver à l’enfant de la mystérieuse jeune femme.

Tout s’enchaînait rapidement, et je tournais les pages très vite, pressée d’en découvrir toujours plus… Cette nouvelle m’a vraiment convaincue… Elle est profondément triste, mais je vous conseillerais tout de même de la lire !

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Le recueil se referme sur Ruelle au Clair de Lune, une nouvelle courte mais intense. Nous rencontrons une prostituée, qui prend un malin plaisir à ridiculiser un visiteur, devant le narrateur qui nous rapporte la scène.

L’histoire est prenante et le dénouement m’a convaincue. Je ne peux pas vraiment vous en dire plus, car je risquerais de casser le suspens, et ce serait fort dommage.

En conclusion, ce recueil m’a plu, et j’ai bien l’intention de continuer à lire les œuvres de Stefan Zweig…

[Lecture] La Peur – Stefan Zweig

Miss Alfie  nous propose actuellement un challenge qui consiste à chroniquer l’oeuvre de Stefan Zweig, qu’il s’agisse de ses romans, de ses nouvelles, de ses biographies, etc…

Puisqu’il se trouve que Stefan Zweig est justement l’un de mes auteurs de prédilection, j’ai décidé de profiter de l’occasion pour me plonger dans la lecture de certains ouvrages de ma PàL, et pour ressortir d’anciennes chroniques que j’avais auparavant publiées sur d’autres sites.

Il y a plusieurs années de cela, j’avais lu une nouvelle de l’auteur austro-hongrois Stefan Zweig. Cela s’intitulait un Soupçon Légitime et j’avais bien apprécié le style à la fois fluide et raffiné (certains dirons que c’est là l’oeuvre des traducteurs car l’écriture de Zweig était loin d’être aussi parfaite. N’ayant lu que les traductions françaises, je ne saurais me prononcer.)

J’ai ensuite trouvé La Peur en livre d’occasion, et comme j’avais un souvenir positif de l’auteur, j’ai décidé de l’acheter…

 

Qui est Stefan Zweig ?

Si vous souhaitez découvrir la biographie détaillée de Stefan Zweig, une rapide recherche sur Google vous permettra d’exaucer votre vœu. Pour ma part je vais simplement situer l’auteur dans son époque, car cela me semble essentiel…

Stefan Zweig est né en 1881 à Vienne. Vu sa date de naissance, vous pouvez vous en douter, il a connu la première guerre mondiale.

En 1934 il choisit l’exil vers le Brésil, car il a conscience du danger que représente Hitler. Précisons que Stefan Zweig est juif.

La période est vraiment sombre et emplie d’horreur, des horreurs dont Zweig est victime en tant que juif. Le compositeur Richard Strauss lui commande un livret pour son opéra Die schweigsame Frau, qui sera ensuite jugé comme une œuvre juive… Des autodafés des livres de Zweig ont lieu à Berlin !

Zweig a rédigé ses mémoires, y parlant de la honte qu’il ressent d’être né dans un puissant Empire qui a finalement suscité la honte dans le monde entier. Il se donne la mort en 1942, après avoir envoyé le manuscrit de Le Monde d’Hier à son éditeur.

Zweig est un auteur éclectique à qui l’on doit des nouvelles, mais aussi des recueils de poésies, des biographies (Marie-Antoinette et Magellan par exemple), des essais, des pièces de théâtre…

 

La Peur

Le livre dont je m’apprête à vous parler est un recueil de nouvelles. La Peur est la nouvelle principale de ce recueil et elle occupe environ soixante-dix pages. Ensuite on peut lire Révélation Inattendue d’un Métier, Leporella, La Femme et le Paysage, Le Bouquiniste Mendel, et La Collection Invisible.

Dans La Peur, Zweig nous présente Irène, une femme bourgeoise qui a noué une relation adultère avec un jeune artiste. Non elle n’est pas amoureuse de son amant, non son mari ne la délaisse pourtant pas, ni ne la rend malheureuse, mais c’est arrivé ; un peu par hasard, Irène a pris un amant…

Elle est toujours angoissée à l’idée d’être vue sortant de chez son amant, mais cela n’empêche pas un jour le pire d’arriver… Une femme l’agresse et commence à la faire chanter, menaçant de faire écrouler tout son petit monde…

Cette nouvelle m’a captivée. J’ai adoré le style limpide et intemporel de Zweig. Bien-sûr la nouvelle est ancrée dans son époque. Irène porte un chapeau et une voilette, qui seraient anachroniques en 2016, mais surtout elle est entièrement dépendante financièrement de son époux. Cependant, les sentiments que décrit Zweig sont toujours valables aujourd’hui. Et sa façon de les disséquer est vraiment excellente. On n’a aucune longueur, aucune envie de sauter un paragraphe ou deux, tant l’histoire coule d’elle-même, et nous tient en haleine.

Je me doutais un petit peu de la fin, mais sans en être sure… Finalement la fin que j’avais imaginée est arrivée mais elle m’a tout de même surprise dans les détails. J’ai absolument adoré ce court récit ! J’ai partagé l’angoisse du personnage principal, de la première page à la dernière !

 

 

Révélation Inattendue d’un Métier

La deuxième nouvelle de ce recueil nous présente un homme qui en observe un autre dans la rue. Le premier homme ne nous est pas particulièrement présenté, c’est le second qui va nous intéresser… A force de l’observer, le narrateur se rend compte qu’il s’agit d’un pickpocket. Subjugué, notre observateur décide de le suivre, pour le voir à l’action…
C’est une nouvelle courte et sans temps morts. Zweig nous prouve qu’il est un excellent observateur tant il décrit le pick-pocket et ses méthodes en détails.

 

Leporella

Je ne suis pas une experte en opéra et ceci explique que le prénom de Leporella ne m’ait rien dit. Il fait référence au Serviteur de Don Giovanni Leporello. Leporella est en fait un surnom donné à Crescence, une femme bourrue, devenue Servante d’un riche Monsieur. Personne ne tient dans l’ambiance détestable de la maison, car la Femme de Monsieur est très difficile à vivre… Seul Crescence supporte !

Crescence ne possède rien pour elle, ni la beauté, ni l’intelligence. Par contre elle ne craint pas le travail, et fait preuve d’un dévouement sans pareil pour son employeur… mais trop de dévouement peut s’avérer dangereux…

La nouvelle est plaisante, même si on imagine assez facilement ce qui va se passer… Ce n’est pas inintéressant pour autant, loin de là !

 

La Femme et le Paysage

Cette quatrième nouvelle m’a surprise car elle est très différente des précédentes, plus abstraite pour commencer. Elle nous parle d’un homme qui séjourne dans un hôtel du Tyrol en plein été caniculaire, et qui entre en relation avec une autre pensionnaire de l’établissement. Il est fasciné par une très jeune femme, qui semble désespérer comme lui de voir la pluie tomber…
Je ne vous en dirai pas plus car je ne souhaite pas courir le risque de gâcher le suspens. Au départ j’ai trouvé que la nouvelle était longue à se mettre en place. Il y a beaucoup de description de l’environnement. Et puis une fois le décor planté, tout s’accélère, et l’histoire nous emporte. Cela valait le coup de s’accrocher un peu pour entrer dans le récit, car il est original et surprenant !

 

Le Bouquiniste Mendel

Dans Le Bouquiniste Mendel, Zweig nous présente un homme dont le talent n’aurait plus une grande utilité à notre époque où les ordinateurs sont omniprésents. En effet, le bouquiniste Mendel est une sorte de catalogue vivant, qui se rappelle de tous les titres de livres, des auteurs, des prix des ouvrages… Ce n’est pas quelqu’un de très cultivé, mais il possède tout de même un talent de grande mémoire ! Le fait de se couper totalement du monde pour vivre à fond son étrange passion va lui jouer un très mauvais tour…

Cette nouvelle est surprenante, et on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec l’époque qu’a vécue Zweig…

 

La Collection Invisible

Le recueil s’achève sur une nouvelle très courte. La Collection Invisible tient sur moins de vingt pages. Elle est néanmoins celle qui m’a le plus plu. Je ne souhaite pas vous faire de résumé car cela me forcerait à dévoiler l’élément clef de la nouvelle, et cela n’aurait absolument aucun intérêt ! Comme je vous l’ai dit, elle est très courte, alors je vous dirais simplement de la lire, car vous ne le regretterez probablement pas…

 

Critique

J’ai été très agréablement surprise par ce recueil de nouvelles. Le style de Zweig est excellent. Il arrive à nous faire vivre des histoires intenses bien que courtes grâce à un formidable talent d’observation et de description.
Pour autant il évite de faire trainer son récit par des longueurs non-nécessaires. Il décrit, mais sans s’attarder inutilement, en restant toujours dans l’action. Cela se ressent particulièrement dans la nouvelle sur le Pickpocket. Tout s’enchaine bien, et les histoires bien que courtes laissent toutes une trace dans ma mémoire.
J’ai pensé à Palomar, un recueil d’Italo Calvino, qui décrit également beaucoup. Mais à l’inverse de Palomar qui m’a parfois lassé pour son côté descriptif, La Peur m’a tenue en haleine avec un bon suspens, omniprésent !

La Peur est un recueil dont je recommanderais très vivement la lecture même aux personnes qui ne sont pas de grands lecteurs. En effet, ce sont des histoires courtes, captivantes, et faciles d’accès.C’est un livre que je vais garder en tête et prêter dans mon entourage !

 

[Lecture] Destruction d’un coeur

Il y a quelques années, j’étais tombée chez Emmaüs sur deux petits recueils de nouvelles particulièrement jolis. Ils étaient proposés avec une couverture épaisse, joliment illustrée de photos en noir et blanc. L’objet livre en lui-même était vraiment attirant, et c’est ce qui a fait que je les ai achetés alors que je ne connaissais pas du tout leur auteur, Stefan Zweig

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J’ai lu et adoré les nouvelles en question, et tout naturellement, j’ai continué à acheter les livres de cet auteur autrichien. Vingt-Quatre Heures de la Vie d’une Femme, La Peur, Un Soupçon Légitime, je n’ai passé à ce jour que de très bons moments avec les nouvelles de Zweig entre les mains. Vraiment, si je devais vous en conseiller un seul pour commencer, je vous dirais de choisir par vous-même car toutes les nouvelles de Zweig sont géniales.

Son style à la fois simple et raffiné m’emporte toujours vers autre chose, et me permet de m’extraire de mon quotidien, bien que les histoires restent finalement assez banales. Zweig c’est une sensibilité, une belle plume, une façon de raconter les choses avec beaucoup de beauté, sans pour autant en faire trop.

Il faut le lire pour comprendre… Alors je vous propose tout de suite un petit extrait, qui n’est autre que le début de Destruction d’un Cœur, que je vous présenterai par la suite…

 

Sans titre

Dans cette nouvelle d’une soixantaine de pages, Stefan Zweig nous présente un vieillard (il va sur ses soixante-six ans, mais pour l’époque_1927_c’était bel et bien un  vieillard, d’autant qu’il est assez mal en point physiquement) qui découvre sa fille sortant de la chambre d’un étranger…

Erna est âgée de dix-neuf ans, et il est impensable pour Salomonsohn, qu’elle puisse avoir une relation avec un homme… D’ailleurs lequel, puisqu’ils sont trois dans cette maison… Il y a le comte Ubaldi, l’officier italien, et le gentleman rider mechlembourgeois… Lequel de ces hommes peut-il balader ses sales mains sur le corps de la petite Erna ?

Le vieillard tombe dans l’obsession et ne peut plus penser à autre chose qu’à sa fille, dans les bras d’un homme. Il est écœuré, révolté aussi puisqu’il est persuadé que sa fille comme sa femme, ne font que profiter de son argent, pour vivre oisivement…

Un style inimitable…

Il est difficile de vous dire pourquoi j’aime tant les nouvelles de Zweig. Parce-que finalement, comme je vous l’ai dit plus haut, cet auteur écrit des nouvelles sur des choses de la vie quotidiennes. Ce sont des récits banals, mais rapportés avec une écriture très fluide. On a plaisir à les lire, et à tourner les pages pour découvrir ce qui va finalement arriver… Le vieillard finira t-il par mettre un coup de gourdin à l’un des trois hommes ? Son pauvre coeur le lâchera t-il ? Ou bien peut-être s’est-il trompé sur toute la ligne, et Erna n’a de relation avec aucun des trois hommes ? On ne sait pas et on meurt d’envie de découvrir ce qu’il en est réellement…

« […]ce qui me fait mal ne fait mal qu’à moi seul… Ce qui m’inquiète n’inquiète que moi seul… on ne me comprend plus et je ne comprends plus les autres… »

« On est bien seul avec soi-même, jamais je ne m’en suis rendu si bien compte. »

 

Et après ?

Après Destruction d’un Cœur, deux autres nouvelles plus courtes se succèdent.

Elles ont en commun avec la première d’évoquer l’amour, et plus précisément, la différence de perception de l’amour selon les âges.

 

Dans La Gouvernante (30 pages environ) il est question de deux fillettes qui écoutent aux portes et surprennent une conversation de leur Gouvernante avec leur cousin Otto… Elles ne comprennent pas bien de quoi il est question, mais leur Gouvernante semble perturbée, et cela les peine énormément… La nouvelle est très courte, donc vous vous en doutez, si j’en dis plus, cela reviendra à en dire trop. En tout cas, Zweig nous prouve ici que ce n’est pas la taille qui compte (j’ai un peu honte, elle était facile !) car cette nouvelle d’à peine 30 pages ne manque pas d’intensité. Il réussit à nous plonger dans l’histoire, en quelques lignes, et à nous toucher en plein cœur…

 

Le Jeu Dangereux (une quinzaine de pages) m’a rappelé Vingt-Quatre Heures de la Vie d’une Femme. On a ici un narrateur et un vieil homme qui coulent des jours paisibles au bord du Lac de Côme. Le vieil homme raconte une histoire singulière… comment il a piégé une jeune fille en lui envoyant des lettres d’amour, qu’il écrivait en se faisant passer pour un autre, et voir l’effet produit sur sa « marionnette ».

Nous avons là encore une belle nouvelle, la plus originale du recueil je dirais, et celle qui m’a peut-être le plus plu même si toutes m’ont vraiment laissé une bonne impression.

 

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Inutile de vous dire que je recommande vivement la lecture de ce recueil. Vous l’aurez compris en lisant ma chronique je pense, ce livre m’a totalement plu… En tout cas, je vous remercie une fois de plus pour vos lectures et réactions, et vous dis à très bientôt pour de nouveaux billets ! 🙂