Végétarisme et néologismes

Depuis quelques mois, quelques années même, le végétarisme revient en force, et s’impose comme une mode, alors qu’il y a une décennie encore, il apparaissait comme un choix marginal. Je ne dis pas que le mode de vie végétarien est totalement entré dans les mœurs et qu’il est facile de manger végétarien n’importe où, mais globalement, l’image de ce régime alimentaire a évoluée, et plutôt favorablement.

Le végétarien n’est plus systématiquement vu comme un individu carencé qui se prive de la bonne viande pour d’obscures raisons éthiques. Il peut désormais être quelqu’un de totalement « normal », citadin parmi les autres, qui ne s’habille pas avec une tunique en toile de jute. Les recettes végétariennes et même végétaliennes (sans aucun produit d’origine animale, ni viande, ni poisson, ni lait, ni œufs)  envahissent la toile, et on n’hésite plus à associer les idées de végétarisme et de gourmandise…

Du coup, qui dit « mode » dit « foules » et qui dit « foules » dit « évolutions ». Si certains adoptent le régime végétarien classique, qui consiste à exclure de son alimentation, de façon durable, toute chaire animale (viande ET poissons… et fruits de mer oui oui), d’autres font de « petites » adaptations.

On voit apparaître les fléxitariens, qui sont en fait des végétariens ponctuels. Ils ont décidé de réduire leur impact écologique, et/ou d’œuvrer pour leur bien-être en réduisant leur consommation de viande. Finalement ils ont fait un bon choix, un choix raisonnable. Le seul couac je dirais, c’est qu’il n’était pas bien nécessaire d’inventer un terme pour définir ce qui finalement est juste un comportement responsable et « normal ».

Certaines marques ont senti le vent tourner et ont décidé de cibler ces nouveaux comportements alimentaires, en leur proposant des produits spécialement dédiés à leur simplifier la vie. Céréal par exemple (Céréal Bio vous connaissez ? Et bien désormais il y a Céréal tout court, sans le bio) propose une gamme de produits sans viande ni poisson, qui s’utilise comme de la viande (faux steaks, émincées végétales…). Cela évite de tout révolutionner et de devoir préparer des repas équilibrés sans utiliser de viande…

J’ai goûté et ces produits sont bons. Là où je n’adhère pas totalement, c’est sur le fait que ces produits prennent un peu la place d’autres produits comme les légumineuses, les céréales, que l’on pourrait préparer soi-même rapidement et simplement, pour s’offrir une belle source de protéines végétales. En faisant la promotion de substituts aux produits carnés, on donne l’idée que la viande est essentielle et que s’en passer, même ponctuellement est un casse-tête. Alors que bon, les alternatives végétales sont partout si on veut bien se donner la peine de se renseigner !

D’autres régimes se développent, comme les pesco-végétariens, ou piscitariens. Les adeptes de ce régime se définissent comme des végétariens qui mangent du poisson. Leurs motivations sont multiples. Généralement il s’agit de se simplifier la vie, et ils envisagent cela comme une étape avant de sauter le pas du végétarisme. Là encore je dis « pourquoi pas ? » mais je tique sur le terme, puisqu’il me semble erroné d’inclure ce régime alimentaire dans les régimes végétariens. A ce moment là, pourquoi ne pas se dire « bufflo-végétarien » ou  « ovo-vegan » ? 🙂 Il serait tout aussi simple de dire « je ne mange pas de viande » plutôt que de se définir comme « piscitarien ». En prime, ayant moi-même eu une période de transition vers le végétarisme, pendant laquelle je mangeais du poisson, je peux vous dire que je mangeais énormément de poisson… A chaque fois que j’étais invitée, on me servait du poisson, comme si c’était la seule source protéinée qui me soit « permise ». Au final je mangeais probablement dix fois plus de poisson qu’un omnivore !! Pas vraiment végétarien comme régime avec le recul…

Et puis les problématiques d’un mangeur de poisson ne sont pas les mêmes que celles d’un végétarien, qui doit trouver des protéines ailleurs que dans la chaire animale, et qui doit aussi batailler lorsqu’il mange en dehors de chez lui… Et oui, mine de rien, demander un plat de poisson au restaurant est généralement chose aisée. Par contre, trouver une option sans viande ni poisson est parfois plus ardu !

Enfin voilà, je ne vais pas vous sortir une tartine de trente-cinq pages sur le végétarisme, mais je voulais simplement parler des évolutions de ce mode de vie, et des comportements s’en rapprochant. Encore une fois, je n’ai rien contre les gens qui choisissent de réduire leur consommation de viande, ou qui continuent à consommer du poisson. Ce sont les termes qui s’y rattachent et créent possiblement la confusion qui coincent un peu… 

Et vous, qu’en dites-vous ? 🙂

 

Je vous laisse avec cette triste nouvelle et vous suggère que nous planchions sur la mise au point d’un néologisme qui permettrait de désigner les gens qui mangent de la viande, à l’exception de la viande de bœuf : http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/03/24/un-cas-de-vache-folle-confirme-en-france_4889016_3234.html