Khalil

Quoi quoi quoi ? Yasmina Khadra a sorti un nouveau roman ? Il me le faut !

Je ne regarde même-pas de quoi traite le livre en question, je sais déjà que je veux le lire !

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Yasmina Khadra est l’un de mes auteurs favoris, depuis que j’ai découvert l’Attentat publié en 2009. Mon admiration pour l’écrivain algérien n’a fait que grandir depuis ; encore plus après que j’ai eu le bonheur d’échanger quelques mots avec lui aux Mots Doubs, festival littéraire de ma ville.

Yasmina Khadra, c’est un regard qui voit les choses et les gens avec justesse, et les décrit avec une intensité impressionnante.

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Khalil est un jeune homme d’origine maghrébine, qui vit en Belgique. Au début du roman, il se trouve à Paris dans une voiture qui se dirige vers le stade de France. Avec son ami d’enfance Driss, et deux autres inconnus, ils s’apprêtent à servir de bombes humaines.

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Khalil diffère de l’Attentat, même si le terrorisme reste le thème commun, par le fait notamment que Khalil est notre narrateur. Dans l’Attentat, le narrateur est un homme, qui a perdu sa femme kamikaze.

Le nouveau roman de Yasmina Khadra propose une approche du terrorisme à travers le regard du terroriste. Sans chercher ni à justifier, ni au contraire à accuser, il expose comment on peut basculer de jeune homme sans repères ni objectifs, à terroriste.

Les mécanismes ont déjà été largement abordés par les experts et journalistes, mais le fait de les voir à travers le regard de Yasmina Khadra, retranscris avec ses mots, est un réel plaisir.

Il y a une belle intensité dans les phrases de l’auteur, doublé d’un réalisme tout à fait époustouflant.

C’est ENCORE un grand et beau roman de Yasmina Khadra !

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[Lecture] La Dernière Nuit du Rais

Dans ma jolie ville de Besançon, nous avions la chance d’avoir un beau salon littéraire, intitulé Les Mots Doubs, avec « Doubs » comme la rivière qui entoure la ville justement. Je parle au passé car il a disparu, mais devrait être remplacé par un autre salon… Affaire à suivre !

En 2015 le Salon a accueilli parmi tant d’autres auteurs, l’écrivain algérien Yasmina Khadra. Je ne pouvais pas ne pas me rendre à sa conférence, car c’est l’un de mes auteurs favoris depuis des années. J’achète tous ses livres et n’ai absolument jamais été déçue !
Yasmina Khadra écrit sous un pseudonyme ; les prénoms de sa femme en réalité, car il est un ancien militaire, et quand il était encore dans l’armée, il ne pouvait pas dévoiler sa véritable identité.

Maintenant, comme il le dit lui-même, tout le monde sait bien qu’il est un homme ! Et en effet, le succès a fait que de son anonymat il ne reste pas grand-chose.
Il suffit de voir la file d’attente qu’il y avait pour assister à sa conférence, et les éclats de voix qui ont fusé quand la sécurité a annoncé que la salle était pleine et que tout le monde ne pourrait pas entrer !
En tout cas, nous avons eu nos places, et avons réellement apprécié la conférence. Je m’attendais à rencontrer un écrivain que j’apprécie, mais j’ai été encore plus conquise que je ne l’aurais cru, par la gentillesse de Yasmina Khadra, et par ses mots qui font mouche. Du coup, en sortant, nous avons décidé mon homme et moi-même, d’acheter son dernier livre, et de le faire dédicacer. C’était l’occasion !

A noter, mon homme est un fan de science fiction, et n’avait jusque là jamais rien lu de Yasmina Khadra, mais après l’avoir vu, et avoir échangé quelques mots pendant la séance de dédicace, il était très emballé pour lire le livre !

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Ce dernier roman, c’est La Dernière Nuit du Rais. Et cela parle de Khadafi. Et là je vous vois déjà m’écrire en commentaire que le sujet ne vous intéresse pas plus que cela…

J’aurais pu en dire de même, car si ce livre n’avait pas été écrit par un auteur que j’apprécie autant, il y a fort à parier que je serais passée à côté. Le sujet ne m’aurait pas attiré. Je l’avoue, je ne me passionne pas pour les dictateurs, et pas plus pour Khadafi en particulier. Mais là, j’ai fait confiance à Yasmina Khadra, car quel que soit le sujet traité, cet auteur a toujours su me faire voyager et me faire quitter le monde réel grâce à son écriture inimitable.

« Je suis fou de rage. Cette larve de Mansour a osé porter la main sur moi. J’ai fait exécuter des proches pour moins que ça. »

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Je ne vous collerai pas le résumé officiel de l’éditeur, qui est très bien fait, mais que vous trouverez aisément grâce à un petit outil assez pratique que l’on appelle Google.^^ Je vous propose plutôt de vous livrer mon propre résumé, moins bien, mais plus personnel !
Dans la Dernière Nuit du Rais, Yasmina Khadra entre dans la peau de l’ancien dictateur libyen, et nous fait découvrir à la première personne, les derniers instants de vie de Mouammar Kadhafi, entre folie et lucidité.
Nous vivons l’expérience glaçante de nous retrouver dans le cerveau de celui que l’on appelait Colonnel Kadafi, tandis que celui-ci se cache pour préserver sa vie. On le suit alors qu’il reçoit ses hommes de confiance, et on découvre comment il est arrivé là où il était, grâce à des passages de flashback.
Le roman se déroule sur une très courte période de temps, comme le titre peut le laisser supposer assez aisément, et s’achève comme dans la vraie histoire, par la mort du Dictateur.

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Yasmina Khadra, c’est une plume, c’est un vocabulaire riche et élégant, mêlé à un style toujours fort accessible. Ce n’est jamais barbant, jamais lourd. Il n’est nul besoin de relire une phrase, ou de revenir en arrière car elle était trop alambiquée.
Nous l’avons vu pendant la conférence, cet auteur aime profondément la langue française. Souvent, il illustre ses propos en utilisant des synonymes, des mots proches, comme s’il avait à cœur de traduire au mieux sa pensée, de trouver le mot le plus juste. Dans ses livres il en va de même. Il choisit méticuleusement ses mots, et nous offre un texte savoureux, presque poétique par moment. Cela se lit vraiment tout seul. D’ailleurs, le livre ne fait que 200 pages, donc c’est un roman relativement court, que vous pourrez lire en environ deux heures !
Au départ, quand Yasmina Khadra emploie la première personne du singulier pour refaire vivre Khadafi, j’ai senti comme une gêne. Ce Dictateur mégalomane et sanguinaire nous apparait presque humain (et il l’était quoi que l’on en dise), avec ses doutes et ses regrets. Je me suis dit ouh la, l’auteur va-t-il jouer sur ce terrain-là et essayer de nous le rendre attachant ?
Et puis non, rapidement, des passages viennent témoigner de la folie du personnage, comme lorsqu’il nous raconte que des années après avoir été moqué par le père de la femme qu’il aimait en secret, il est revenu se venger de façon incroyablement violente.
Le récit est ponctué de coups de folies, de réactions violentes, qui montrent bien à quel point Khadafi ne supportait aucune contradiction, aucune remise en question. Tout le mal qu’il a pu faire, il lui trouve systématiquement une justification.
Le fait notamment d’avoir manqué d’un père explique pas mal de choses. Mais jamais Yasmina Khadra ne songe à nous faire adhérer à tout cela, et à justifier les actes de l’ancien Dictateur. Au contraire, il parvient totalement à exposer sa folie, sa mégalomanie, et à nous faire comprendre le pourquoi et le comment.
Cela n’a pas dû être un livre facile à écrire, et pourtant Yasmina Khadra nous livre ici un roman incroyablement réussi, facile à lire, et qui nous fait comprendre beaucoup de choses sans nous forcer à nous creuser la tête.Le seul reproche que je pourrais lui faire, si vraiment il le fallait, ce serait que j’aurais bien aimé lire encore une centaine de pages de plus, non-pas qu’elles manquent pour que l’histoire soit complète, mais car j’aurais aimé passer encore plus de temps dans ce livre, avec cette écriture si particulière !

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Que le sujet vous attire ou non à première vue, je dirais qu’il faut lire ce livre, car il est réellement bien écrit, et que les pages se tournent toutes seules !
C’est un petit bonbon, un livre que j’avais plaisir à retrouver chaque soir, et du mal à lâcher au moment d’aller dormir… [Elle est cinglée, de parler de « bonbon » pour un bouquin sur Khadafi ?!]

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« Je suis seul face au destin et le destin regarde ailleurs. »